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« A LA REDÉCOUVERTE DE L’IDENTITÉ DU PRÊTRE »

Publier le 3 avril 2015

Chers Frères et Sœurs,

Cette année aussi, nous nous retrouvons pour célébrer la « Messe Chrismale » au cours de laquelle je vais bénir les saintes huiles pour le compte de cette année 2015, messe aussi au cours de laquelle les prêtres renouvellent leurs engagements sacerdotaux.

C’est une très belle occasion pour exprimer, nous prêtres, notre appartenance au presbyterium de Brazzaville et surtout notre attachement au Christ qui nous appelle gratuitement à Son service.

J’aimerais, pour le Jeudi Saint de cette année, inviter tout le presbyterium à redécouvrir l’identité du prêtre en partant de la première lecture entendue aujourd’hui : Isaïe 61, 1-3a.6a. 8b-9 et en scrutant l’attitude de Jésus dans la Synagogue de Nazareth dont l’épisode nous est rapporté dans l’Évangile que nous venons de lire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».

Il ressort de la lecture de l’extrait du livre du prophète Isaïe trois éléments essentiels pour l’identité du prêtre : la consécration, l’envoi en mission et le contenu de la mission.

1. La consécration

Le prêtre est un homme mis à part, non seulement par rapport à la formation qu’il reçoit dans un cadre approprié et dont le contenu est clairement défini, mais surtout par la consécration qu’il reçoit de la part de Dieu.

Au cours de sa formation, le prêtre reçoit tout le bagage possible et nécessaire, capable de l’aider dans sa future mission de paître le Peuple de Dieu qui lui sera confié. Cela exclut toute improvisation et tout égarement dans sa vie. En principe, la formation reçue le prépare presque à tout. Il est appelé, tout au long de sa vie, à exploiter au maximum le bagage de formation reçue et dont il est porteur.

La consécration dont il est bénéficiaire mérite d’être entretenue par une vie de prière soutenue et permanente, en commençant par faire ce qui est prescrit par l’Église pour sa sainteté et sa vie spirituelle : la célébration quotidienne du Sacrement de l’Eucharistie, la liturgie des heures dont l’obligation est clairement affirmée par l’Église, la lecture de la Parole de Dieu. Ensuite, à côté de ce qui est prescrit, le prêtre soigne sa consécration par des exercices de piété qu’il est invité à cultiver pour le bénéfice spirituel personnel, mais aussi pour celui des brebis qui lui sont confiées. Nous pouvons citer la récitation du chapelet, l’adoration au Saint Sacrement, la lecture de la vie des Saints.

Ce n’est que de cette manière que nous pourrions honorer notre consécration : "l’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction".

2. L’envoi en mission

La consécration est réalisée en vue d’une mission. Tout comme la consécration, l’envoi en mission a pour origine Dieu Lui-même. Personne ne s’envoie de son propre chef en mission. C’est Dieu qui envoie en mission.

En ce qui concerne le prêtre, l’envoi en mission se fait, au nom de Dieu, par le biais de l’Évêque. D’où la nécessité d’être en communion avec l’Évêque. Un prêtre dissocié de son Évêque ou désobéissant vis-à-vis de lui, court le risque de devenir acéphale. L’Évêque est évidemment une personne physique, mais surtout une institution. Celle-ci a des ramifications jusqu’au niveau de certaines structures de communion et de subsidiarité que le prêtre est invité, mieux tenu de respecter. Je pense à l’autorité, par exemple, que représente le Curé Doyen. En effet, lorsque ce dernier invite ses confères du Doyenné à une rencontre de prière, de méditation, de partage fraternel ou carrément d’agape, ces confrères, sauf empêchement majeur, sont tenus d’être présents. C’est le Curé Doyen qui représente l’autorité de l’Évêque dans le Doyenné ou la Zone pastorale. Ne pas répondre à son invitation, c’est se couper de la vie non seulement du Doyenné, mais aussi du diocèse.

Pour le cas de l’Archidiocèse de Brazzaville, j’apprends que certains prêtres brillent par leur absence aux rencontres des doyennés. A ceux-là, je lance un appel solennel et pressant d’y être et je me ferais intransigeant vis-à-vis des prêtres désobéissants et absentéistes.

Aucun prêtre ne peut s’envoyer lui-même en mission. Le prêtre est toujours envoyé en mission. Même le Fils de Dieu reconnait l’importance et le rôle de Dieu le Père dans sa vie, en reconnaissant qu’il est envoyé par le Père sur la terre.

3. Contenu de la mission

Le contenu de la mission du prêtre est déterminé par Isaïe :

  • annoncer la bonne nouvelle aux humbles ;
  • guérir ceux qui ont le cœur brisé ;
  • proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération ;
  • proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, etc.

Le prêtre n’a pas le droit d’édulcorer le contenu de la mission que lui confie quotidiennement le Seigneur. Il doit y rester fidèle.

Aujourd’hui, l’Église, dans sa capacité d’actualisation et de compréhension, a résumé le contenu de cette mission en trois fonctions essentielles : l’enseignement, la sanctification et le gouvernement.

L’enseignement repose sur la Parole de Dieu, enrichie de la Tradition de l’Église et de sa doctrine sociale. N’enseignons pas autre chose au Peuple de Dieu qui nous est confié ;

La sanctification est essentiellement axée sur la célébration des sacrements, sur les autres actes du culte divin comme les sacramentaux, le culte des Saints, les Saintes Images et j’en passe, sans oublier les temps et les lieux sacrés. Tout ceci est réglementé par l’Église. Évitons les inventions et les improvisations qui sont, au demeurant, formellement interdites et réprimandées par l’Église. Les livres liturgiques sont là pour accompagner et dire au prêtre ce qu’il doit faire dans l’accomplissement de la fonction de sanctification ;

Enfin, le gouvernement de l’Église doit se faire conformément aux indications, aux prescriptions de l’Église. Celles-ci nous exigent de tenir compte de la collaboration de tout le monde au sein de nos communautés paroissiales et chrétiennes. Le Curé ne peut jamais agir seul, tout comme l’Évêque ne le fait jamais. Les différentes structures et la collaboration de certaines personnes ne sont pas facultatives. C’est une nécessité pastorale à laquelle il nous faut répondre impérativement.

Nous allons tout de suite après cette homélie, renouveler les promesses sacerdotales comme nous le demande la liturgie. J’ai peur que nous n’accomplissions ce rite par simple routine ou par pur formalisme. Ce moment fort de notre liturgie doit être pour nous l’occasion d’une prise de conscience et d‘une volonté réelles de nous convertir afin de nous configurer véritablement au Christ qui a suivi le chemin de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance.

Au début de ce carême, le Pape François nous invitait à la conversion, à une vraie conversion, à un examen de conscience : « est-ce que je pleure ?...Les pleurs font-ils partie de nos prières ? ». Avons-nous un réel repentir de nos péchés, des scandales dont nous serions responsables dans nos communautés ? Nous ne devons détourner personne de Dieu à cause de nos péchés : « Il est inévitable qu’il y ait des occasions de chute, mais malheureux celui par qui elles viennent ». Cette parole du Christ assortie d’une malédiction dit la gravité de nos comportements déviants. Combien de jeunes et de moins jeunes, combien d’hommes et de femmes ne s’éloignent-ils pas de l’Église parce qu’ils la trouvent incohérente avec le message d’amour que nous annonçons et notre inconduite jusqu’au scandale.

J’en appelle à votre responsabilité de prêtres. Nous ne sommes pas seulement responsables de nous-mêmes, nous avons autour de nous, comme communauté ou comme individu, toute une « zone d’influence ». Personne n’est une île. A chacun de se demander : quel visage d’Église nous prêtres, donnons-nous là où nous vivons, dans nos paroisses ?

Le chemin que nous devons suivre, comme nous le recommande encore le Pape François est celui de l’abaissement de Jésus, de l’humilité, parce que c’est le style de Dieu. Dieu s’abaisse pour marcher avec son peuple pour supporter ses infidélités comme sur le chemin de l’Exode. L’autre chemin contraire au celui du Christ est celui de la mondanité. La mondanité nous offre la voie de la vanité, de l’orgueil, du succès. Le Malin l’a proposé aussi à Jésus durant les quarante jours dans le désert. Quel est le nôtre ?

En ce jour où nous nous souvenons de notre sacerdoce, demandons à Dieu qui nous a appelés à Son Service de nous éclairer et de nous guider sur la voie de salut et de sainteté, pour que le Règne de Dieu arrive et que le nom de Jésus soit toujours glorifié.

Amen !

Monseigneur Anatole MILANDOU, Archevêque de Brazzaville
A l’occasion de la messe chrismale du jeudi saint 2015

 


 

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