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Homélie en la fête du Christ Roi de l’Univers et pour la fin de l’année de la foi.

Publier le 28 novembre 2013

HOMELIE DE L’ARCHEVEQUE DE BRAZZAVILLE EN LA FETE DU CHRIST ROI DE L’UNIVERS ET POUR LA FIN DE L’ANNEE DE LA FOI.

Son Excellence Monseigneur Jan Romeo PALOWSKY, Nonce Apostolique,
Monsieur l’abbé, Vicaire Général,
Monsieur l’abbé secrétaire de l’ACERAC,
Monsieur l’abbé secrétaire de la CEC,
Messieurs les abbés, Recteurs des Séminaires de théologie et de philosophie,
Monsieur le Directeur du Séminaire St Jean,
Chers frères prêtres, chers Supérieurs Majeurs, chers religieux, chères religieuses,
Chers frères fidèles laïcs du Christ,

Frères et sœurs chrétiens venus de toutes les paroisses de notre diocèse et rassemblés ici dans la foi au Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, rendons grâce au Créateur de toutes choses de nous avoir donné son Fils Jésus qui est la lumière qui éclaire nos pas vers Lui et vers nos frères et sœurs humains. Nous célébrons aujourd’hui deux évènements : la t traditionnelle et solennelle fête de Christ Roi de l’Univers et la clôture- de l’année de la foi.

Le Pape Benoît XVI Benoît XVI en promulguant, l’Année de la Foi que nous clôturons ce matin, a tenu à rappeler l’importance du don de la foi, l’exigence de la fortifier et de l’approfondir au niveau personnel et communautaire. Il l’a voulu dans une perspective missionnaire, précisément de la mission ad gentes et de la nouvelle évangélisation. Le Souverain Pontife a tenu à donner un nouvel élan à la mission pour conduire les hommes vers le lieu de la vie et de l’amitié avec le Christ. L’année de la foi a été une « invitation à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, unique Sauveur du monde ».

En célébrant ce dimanche la fête du Christ Roi de l’univers, nous sommes invités par l’Esprit Saint à contempler l’image du Dieu invisible, celui par qui et pour qui tout est créé, celui en qui tout subsiste : Jésus Christ, né de la Vierge Marie, mort sur la croix, ressuscité d’entre les morts et qui siège désormais à la droite du Père.

Le Roi Serviteur

Il est dans la logique des sociétés humaines de se donner un leader, un chef, un roi qui les dirige et leur assure paix et prospérité. La première lecture de ce dimanche nous rappelle que le peuple de la première alliance, Israël, n’échappe pas à cette logique. Les fils d’Israël veulent un roi comme gage à la fois de stabilité et de progrès et c’est David qu’ils viennent trouver pour lui demander d’être leur roi ; David, déjà consacré roi très jeune, sur l’ordre du Seigneur, par le prophète Samuel qui lui avait secrètement donné l’onction dans la maison de son père Jessé, va être plébiscité par toutes les tribus d’Israël dont les anciens vont lui donner l’onction royale. David, l’élu et l’oint de Dieu, est demeuré à travers l’histoire du peuple de Dieu la grande figure royale : en effet, non seulement Dieu lui a manifesté sa fidélité durant son règne, mais encore il lui a promis de faire asseoir sur son trône un de ses descendants dont le règne sera sans fin. Cette promesse messianique a nourri l’espérance du peuple élu à travers les vicissitudes de l’histoire : la chute de la royauté, les déportations et les dominations coloniales. Et les prophètes n’ont cessé, au cœur de ces crises, de raviver l’espérance en rappelant que Dieu réalise toujours ce qu’il a promis.

Lorsque les temps furent accomplis, Dieu fit naître dans la lignée de David un germe juste, Jésus de Nazareth (En effet, Joseph, l’époux de Marie, était de sang royal puisqu’étant de la descendance de David, comme l’indique l’évangile de Luc). Mais dès sa naissance, ce roi va s’illustrer par l’humilité, son berceau est une mangeoire pour animaux ; il faudra aux hommes de son temps la lumière de la foi pour reconnaître en cet enfant le roi des Juifs ; c’est cette lumière de la foi qui guidera les mages de leur terre lointaine jusqu’à Bethléem pour venir se prosterner devant l’Enfant ; démarche des mages qui annonce déjà que l’aura de ce roi débordera les frontières de la Palestine pour s’étendre aux quatre coins du monde. Jésus, Fils de David, consacré par l’onction de l’Esprit lors de son baptême, assume son identité royale et messianique d’une manière inouïe et déroutante à nos yeux d’hommes qui finissons par penser pour l’avoir trop souvent vu que la royauté ou la chefferie est avant tout un titre qui confère les honneurs et la richesse matérielle : Jésus-Christ roi, lui, se fait le Serviteur de tout homme pauvre, pécheur, malade, méprisé… Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf Mc 10,45). Tel est en condensé le programme qu’il va déployer tout au long de son ministère et jusqu’au bout de sa vie terrestre, quand il donne sa vie sur la croix, car pour Jésus, la meilleure manière de servir, c’est de se donner : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». (Jn 15,13)

Le Roi vainqueur du Mal par l’Amour

Nous comprenons alors, frères et sœurs, pourquoi en cette fête du Christ Roi de l’univers, l’évangile nous fait cheminer jusqu’au Golgotha pour que nous levions les yeux vers Jésus crucifié qui, par son sacrifice librement consenti, nous arrache à la mort et au péché, et nous donne la vie et la liberté en abondance. Jésus, dont Paul nous dit qu’il est l’image du Dieu invisible, nous dévoile par sa passion et sa mort sur la croix, ce que sont la royauté et la toute-puissance divines : non pas une démonstration de force surnaturelle ou un tour de magie pour s’extraire des situations douloureuses et injustes mais un appel sans cesse adressé à nous qui sommes tentés par les moyens violents, mensongers et magiques d’y renoncer pour expérimenter les armes de la compassion, de l’amour et de la droiture qui produisent les fruits durables de la justice et de la paix. En contemplant à la lumière de l’Esprit cette scène du Golgotha, nous découvrons en effet que la victoire n’est pas du côté des forces du Mal qui pensent avoir définitivement fait taire la voix de l’Amour ; le Vainqueur, c’est Jésus qui brise le cercle infernal de la haine et de la violence en donnant la paix et le pardon à toute l’humanité pécheresse qui pensait que cette haine et cette violence étaient une fatalité qui l’avait prise en otage définitivement. L’apôtre Paul, méditant ce mystère du don du Christ le traduit ainsi dans la lettre aux Colossiens que nous venons d’écouter dans la deuxième lecture de ce dimanche : « Car Dieu a voulu que, dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix ».

Le Roi crucifié inaugure un Règne de réconciliation, d’amour et de paix dont personne n’est exclu ; le salut de Dieu est offert à tous, même aux grands malfaiteurs ; n’est-ce pas ce que nous dit l’évangile aujourd’hui ? Si, au Golgotha, il y a des gens qui se moquent de la royauté de Jésus, il se trouve cependant quelqu’un qui croit en lui et en sa royauté : c’est l’un des deux malfaiteurs crucifié à côté de lui et qui fait cette belle profession de foi en la royauté du Christ : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne ». Et voilà qu’à cet homme qui a fait beaucoup de mal et qui n’a que ce qu’il mérite, la porte du Paradis va être ouverte par Jésus ; ce bandit devient en quelque sorte le premier saint de la nouvelle Alliance, aux côtés de Jésus, grâce au Seigneur qui lui déclare : « Amen… aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. ». Chrétien de Brazzaville, ce malfaiteur est ton frère ; tu lui ressemble chaque fois que tu fais le mal ; mais il est aussi ton frère quand tu crois en la royauté et en la divinité du Christ qui vient te réconcilier avec Dieu, avec toi-même et avec les autres. Émerveillé par cette œuvre divine, l’apôtre Paul, nous dit : « Frères, rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés ».

L’Eglise, peuple de rois

Chrétien de Brazzaville, que te reste-il à faire une fois que tu as contemplé et célébré la royauté universelle du Christ ? As- tu oublié que le Christ ne retient pas jalousement sa royauté mais qu’il la partage avec tous les baptisés ? En effet, par le baptême, nous avons reçu l’onction royale et l’Esprit Saint nous a configurés à Jésus Serviteur pour que la vie de chaque chrétien et de toute l’Eglise se déroule sous le signe de la diaconie, du service rendu à tout homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Au terme de l’année pastorale 2012-2013, décrétée année de la foi par le pape Benoît XVI, et au seuil d’une nouvelle année pastorale que nous avons ouverte le mois dernier dans notre diocèse sous le thème : « Chrétien de Brazzaville, laisse-toi guider par la lumière de la foi », moi votre pasteur, je vous invite à raviver le don de la foi que vous avez reçu à votre baptême en scrutant les situations et les évènements difficiles à la lumière intérieure de la foi qui chasse la peur et nous fait découvrir que le Crucifié est ressuscité et qu’il marche avec nous sur nos chemins de croix et d’espérance. La foi, la vraie, ne consiste pas à dire « Dieu existe » ; si elle n’était que cela, alors les ennemis de Dieu et de la Croix du Christ, Satan en tête, seraient des croyants. La foi, la vraie, celle que Dieu a mise en nos cœurs, consiste à faire confiance en ce même Dieu Père qui aime le monde d’un amour tellement intense qu’il lui donne son propre Fils. Dans cette confiance, nous avons l’assurance que sa Parole est un appel au bonheur et à la vie. Alors, chrétien de Brazzaville, toi qui es en quête de bonheur et de vie, écoute la voix du Seigneur, laisse-toi guider par le Christ, abandonne-toi à lui et tu goûteras la vie en abondance que n’offrent ni l’argent ni la gloire de ce monde ; cette vie en abondance c’est la communion avec Dieu et avec le prochain qui devient un frère, une sœur à aimer, car la foi meurt si elle n’est pas liée à l’amour.

La foi qui n’agit pas est une foi morte

Aujourd’hui, dans notre pays, le Congo, ce qu’on appelle communément la pratique chrétienne n’a jamais été aussi florissante : les lieux de culte, toutes obédiences chrétiennes confondues, sont pris d’assaut par les populations ; et si, durant les années où le marxisme-léninisme était l’idéologie du pouvoir politique, il était de bon ton de proclamer avec virulence que Dieu n’existait pas ou que la religion était l’opium du peuple, maintenant, Jésus et la religion sont étalés au grand public avec exaltation. Mais ce déferlement religieux est-il pour autant un attachement profond à la personne du Christ et à ses exigences ? Quels changements positifs dans notre société et dans nos familles, pouvons-nous imputer à cette vague du religieux ?

Au cours de cette année de la foi et après 130 ans d’évangélisation de notre pays, qu’avons-nous fait pour que les chrétiens que nous sommes, devenions le sel et la lumière pour notre pays ? Comme la Samaritaine, avons-nous senti de nouveau le besoin de nous rendre au puits pour écouter Jésus qui invite à croire en lui et à puiser à sa source ? Combien de chrétiens ont mis de l’ordre dans leur vie matrimoniale pour retrouver la table de la communion ? Qu’avons-nous fait pour travailler aux œuvres de Dieu (Jn 6,28) puisque Jésus nous dit : « l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qui l’a envoyé ». La Bible est le Livre de la Foi, combien de chrétiens lisent chaque jour la Parole de Dieu, pour que celle-ci devienne chair en eux ?

Et vous qui allez professer tout à l’heure votre foi devant la Communauté chrétienne, en cette clôture de l’Année de la foi, vous êtes à la fois les témoins et la mémoire de ce grand événement. Je vous invite à vivre en conformité avec votre foi, à la persévérance et à la fidélité à ce que vous allez professer solennellement.

Saint Jacques, dans sa première lettre, nous met en garde contre une foi qui ne se manifesterait dans la vie quotidienne par des œuvres de justice et de charité fraternelle. La rencontre avec le Christ, quand elle est authentique bouleverse dans le cœur du chrétien les idées et les comportements qui ne sont pas conformes aux valeurs de l’Évangile ; de là naît la conversion. Je ne peux pas proclamer avec sincérité que le Christ est le roi de ma vie si je continue à gérer cette même vie en faisant tout à ma façon à moi, selon mes vieilles habitudes. Comme Zachée qui accueille Jésus dans sa maison et qui se convertit en accomplissant des œuvres de justice et de charité, chacun de nous doit conformer ses actes à la Parole de Dieu. Les chantiers sont multiples : la vie en famille, la vie de quartier, le travail, le bien commun, le respect de la vie humaine à tous les stades, la préservation de la nature… Dans tout cela, nous sommes invités à prendre la lampe de la foi de telle sorte que nous agissions selon la volonté de Dieu et à l’exemple du Christ, Maître et Seigneur qui prend la posture du serviteur pour laver les pieds de ses disciples.

Chrétiens de Brazzaville, le Christ Roi de l’univers nous confie notre ville capitale et nos villages pour que, par nous, s’y manifestent son amour et sa compassion. « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire et elle brille pour ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes ; alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père des cieux » (Mt 5,14-16).

Monseigneur Anatole MILANDOU
Archevêque de Brazzaville
dimanche, 24 novembre 2103

 


 

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