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« HEUREUX LES ARTISANS DE PAIX, ILS SERONT APPELÉS FILS DE DIEU » (Mt 5 9) (Carême 1997)

Publier le 11 février 1997

Chers Frères et Sœurs,

Le temps de Carême est le moment favorable que la liturgie nous donne pour nous préparer à la célébration du mystère pascal. Cette préparation se fait en nous mettant docilement à l’écoute du Seigneur qui nous invite à la conversion.

Pendant cette période, je vous adresse toujours une lettre pour vous aider à orienter ce temps de prière, de jeûne et d’aumône dans le sens d’une plus grande fidélité à la volonté de Dieu.

Je voudrais, cette année, où notre regard, dans le cadre du Grand Jubilé de l’An 2000, est porté sur Jésus, le Fils de Dieu, Fils de Marie, Verbe incarné, homme comme nous, mort et ressuscité pour nous, réfléchir une fois de plus sur le problème de la paix dans notre pays.

1. La Grâce de la Paix

Il est donc de notre devoir de rendre grâce au Seigneur pour cette tranquillité qu’il a daigné nous accorder après des mois (1993 - 1994) de violence meurtrière et fratricide due à ce que l’on qualifie à juste raison de « bêtise humaine ». Nous profitons également de l’occasion pour remercier et encourager tous ceux qui contribuent à leur manière au rétablissement de la paix dans notre pays. Nous souhaitons que cette paix s’instaure véritablement dans notre pays. Que les atrocités abominables, quelle que soit leur forme, comme par exemple : des vols à main armée, des gens brûlés vifs par leurs propres parents, leurs neveux, leurs nièces ou même par leurs propres fils pour un simple soupçon de sorcellerie ne se répètent plus. En d’autres termes, que tous actes qui portent atteinte à la vie ou à la dignité humaine, soient honnis pour qu’un avenir de paix dans la sécurité des personnes et de leurs biens, dans la liberté, la justice et la tolérance soit garanti.

2. Rappel

Dans cet effort de la recherche de la paix, vos Pasteurs d’Église prennent aussi une part très active. En effet, les lettres que je vous adresse s’inscrivent justement dans cette dynamique. Pour rappel :

- En 1989, dans ma lettre du 8 Février intitulée : Solidarité et paix devant la tempête de la crise, je vous exhortais « à vous efforcer de surmonter autant que possible les barrières du péché, de la violence et de l’injustice sous toutes les formes ».

- En 1994, traumatisés tous par les troubles sociopolitiques qui ont endeuillé et attristé notre pays, je vous invitais dans ma lettre du 2 1 Février, à sortir de la psychose de la violence et du fanatisme partisan pour comprendre plusieurs choses en ces termes :

  • « Qu’en démocratie, on résout les problèmes politiques non pas par la violence, mais par le dialogue et le respect de l’opinion d’autrui ;
  • Que la violence n’engendre que la violence ;
  • Que la politique ne doit pas être une tyrannie, mais un service ;
  • Que l’homme sans Dieu et sans loi devient plus méchant, plus féroce qu’une bête sauvage ;
  • Que jouer avec les armes, c’est hâter la mort d’un pays ;
  • Qu’une jeunesse qui vit de haine et de vengeance n’a pas d’avenir ».

3. Constat

Actuellement, bien que notre pays offre quelques signes d’espérance quant à l’établissement de la paix, il existe malheureusement encore de sérieux motifs préoccupants.

a) Les armes sont encore illégalement détenues par des milices privées et des civils. Leur ramassage se fait toujours attendre.

b) Les pratiques ignobles de corruption et de violence sont de plus monnaie courante.

c) Le Pacte de Paix, signé le 24 Décembre 1995, n’est pas encore appliqué concrètement selon les acteurs politiques eux-mêmes dans leurs déclarations respectives que publie le journal « La Semaine Africaine » dans ses récentes parutions.

d) Les foyers de tension sont intelligemment entretenus.

e) Ces élections risquent en effet de devenir un prétexte pour rallumer et attiser les foyers de tension existant ça et là si les hommes politiques s’accrochent à la défense opiniâtre des intérêts particuliers. Ces préoccupations créent un climat de sérieuse inquiétude à l’approche des échéances électorales.

4. La foi chrétienne à l’épreuve

Devant ces inquiétudes, allons-nous refuser les élections ? Certainement pas. Elles font partie de notre devoir civique, elles sont une exigence de la démocratie que nous voulons instaurer dans notre pays.

Le chrétien n’a pas le droit de céder au désespoir et de regarder la situation s’embraser. Convaincus que « nous pouvons tout en Celui qui nous fortifie » (Phil 4, 13), nous avons le noble devoir et l’impérative mission de construire la paix dans un profond esprit de foi, sûrs et certains que Jésus, qui a fait alliance avec nous dans le Baptême, nous rejoint aussi dans les grandes inquiétudes et peurs qui sont les nôtres aujourd’hui : revivre les événements de 1993-1994.

« Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore la foi ? » (Mc 4, 40) nous demande Jésus. Ainsi les yeux fixés sur Jésus-Christ, soyons tous des artisans de paix.

5. Les artisans de paix

La paix, nous allons la bâtir sur le chemin de la justice, du pardon et de la réconciliation. Comment se pardonner ? La réponse se trouve seulement en Dieu, qui ne cesse jamais de pardonner. Dieu a déjà offert à tous la possibilité de se réconcilier et, à travers le Christ, de se transformer en ministre de la réconciliation (cf. 2 Co 5, 19). Le pardon naît donc du plus profond du cœur, même du plus souffrant, et il permet à quiconque le désire de pouvoir s’approcher de l’autre, quelle que soit la nature des divisions ou des erreurs, des blessures, du traumatisme du passé. Nous sommes tous des frères et sœurs d’un même Père, Dieu. Nous pardonner toujours conduit à la paix (cf. Message du Pape Jean Paul II pour la Journée Mondiale de la Paix 1997 : Offre le pardon, reçois la paix).

C’est pourquoi, reprenant à peu près les paroles du Très Saint Père, je demande :

a) Que les Hommes Politiques, appelés à servir le bien commun, n’excluent personne de leurs préoccupations et prennent un soin particulier des secteurs les plus faibles de notre société. Qu’ils ne mettent pas au premier rang leur avantage personnel en cédant aux appâts de la corruption, de la violence, et surtout qu’ils doivent faire face aux situations les plus difficiles avec les armes de la paix et de la réconciliation.

b) Que les Journalistes considèrent les grandes responsabilités que porte leur profession et qu’ils ne diffusent jamais de messages marqués par la haine, la violence ou le mensonge.

c) Que les Jeunes, qui nourrissent de grandes aspirations dans leurs cœurs, apprennent à vivre ensemble en paix les uns les autres, sans mettre les barrières qui les empêchent de partager les richesses d’autres cultures, d’autres ethnies et d’autres traditions. Qu’ils répondent à la violence par les œuvres de paix, pour construire un Congo réconcilié et riche du sens du respect de la dignité humaine (Ibid.).

Par ailleurs, les partis politiques dans notre pays sont tellement liés à des tribus et à des régions, qu’ils commettent souvent des erreurs politiques et partisanes qui détruisent l’entente entre tribus et entre régions. Raison pour laquelle j’attire l’attention des Prêtres, Religieux et Religieuses de se garder de favoriser ou de cautionner ces erreurs ni d’en être complices d’une façon ou d’une autre dans l’exercice de leur ministère pastoral ; mais qu’ils aident les gens de notre peuple à s’entr’aimer.

De leur côté que les chrétiens congolais s’exercent durant ce temps de Carême, à mettre en pratique au cours des élections prochaines, les trois consignes de la Conférence Nationale Souveraine : « Tu ne mentiras pas ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ». Comme l’avaient exprimé clairement les Évêques du Congo dans leur Message du 16 Mai 1992, qu’ils ne votent pas pour des candidats qui dans leur comportement ne respectent pas ces consignes, même s’ils sont du même parti, de la même région, de la même ethnie, de la même famille.

6. Conclusion

Bâtissons la paix en devenant chacun « artisan de pax » comme le Cardinal Émile Biayenda dont nous célébrons bientôt le 20ème Anniversaire de la mort et qui nous a laissé ce Message toujours actuel : « A tous nos Frères Croyants, du Nord, du Centre et du Sud, nous demandons beaucoup de calme, de fraternité et de confiance en Dieu, Père de toutes races et de toutes tribus, afin qu’aucun acte déraisonnable ne puisse compromettre un climat de paix que nous souhaitons tous ».

Seigneur, fais de nous des artisans de paix, de justice, d’unité et d’amour fraternel durant ce temps de Carême !

 

Monseigneur Barthélémy Batantu, Archevêque de Brazzaville,
Carême 1997
Brazzaville, le 11 Février 1997

 


 

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