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IL FAUT JEUNER ET PRIER POUR LA RÉCONCILIATION ET LA PAIX (Carême 1994)

Publier le 21 février 1994

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

La providence du Tout-Puissant a voulu que ce début de carême coïncide avec la période d’accalmie que connaît notre pays après des mois de violence meurtrière et fratricide.

1. La grâce de la paix

Il est donc de notre devoir de rendre grâce au Seigneur pour cette tranquillité qu’il a daigné nous accorder. Nous profitons également de l’occasion pour féliciter nos chers Parlementaires et tous les hommes de bonne volonté qui ont réussi à mener à bon port cette belle initiative de paix qui, peu à peu, fait revivre le Congo.

Ils ont pour ainsi dire eu l’heureuse chance de récolter le fruit de multiples négociations et démarches de paix entreprises par différentes personnalités, parmi lesquelles, bien sûr, vos Pasteurs d’Église. Nous souhaitons que cette paix dure pour de bon et formons en même temps le vœu que les atrocités abominables qui ont rabaissé notre dignité d’homme ne se répètent plus jamais à l’avenir.

2. Comprendre

Interpellés par les tragiques événements qui ont tissé l’histoire récente de notre pays, le moment est venu de sortir enfin de la psychose de la violence et du fanatisme partisan pour comprendre plusieurs choses :

a) Qu’en démocratie on résout les problèmes politiques non pas par la violence, mais par le dialogue et le respect de l’opinion d’autrui.

b) Que la violence n’engendre que la violence.

c) Que la politique ne doit pas être une tyrannie mais un service.

d) Que l’homme sans Dieu et sans loi devient plus méchant et plus féroce qu’une bête sauvage.

e) Que jouer avec les armes, c’est jouer dangereusement avec feu et hâter la mort d’un pays.

f) Qu’attiser les luttes tribales, c’est cultiver des sentiments égocentriques et faire fausse route.

g) Qu’une jeunesse qui vit de haine et de vengeance n’a pas d’avenir.

3. Honte et humiliation

En tant que chrétiens, nous nous sommes enfin rendu compte que malgré nos prières et la pratique de nos sacrements nous affichons encore un comportement païen et indigne de notre foi. Les assassinats gratuits qui ont souillé le sol congolais de sang humain, les pillages et les horreurs de tout genre nous font finalement comprendre que nous sommes loin, bien loin de l’Évangile dont nous nous réclamons. « Mon peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi », dirait le prophète Isaïe (Is 29, 13). Humiliés devant tant de faiblesses, la meilleure réaction est de changer de mentalité. Si tu te trompes de route, reviens vite au carrefour, nous conseille un proverbe congolais.

4. Le pardon et la confession

Beaucoup de ceux qui ont trop souffert ou qui ont perdu tout : biens matériels, parents ou enfants n’acceptent pas qu’on leur parle de pardon ni de réconciliation. Et pourtant Jésus-Christ, outragé et raillé en croix n’a pas hésité à pardonner à ses bourreaux : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Nous sommes dès lors invités à demander pardon au Seigneur pour tant de sang versé, tant de haine et de rancune entretenues, C’est fort de cette miséricorde divin que nous pourrons, à notre tour, pardonner à toutes les personnes qui ont fait du mal d’une manière ou d’une autre. Humainement parlant, c’est impossible. Mais avec la grâce de Dieu, le chrétien est capable d’arriver jusqu’à ce geste héroïque.

Pour favoriser cette atmosphère de conversion et de pardon, nous demandons aux prêtres, durant le temps de carême, d’assurer une permanence au Confessionnal chaque Vendredi et chaque Samedi afin de permettre aux fidèles de se réconcilier avec le Seigneur et avec leurs frères en Église.

5. Le respect de la constitution

Si nous sommes arrivés à des événements regrettables qui ont déchiré notre tissu social, c’est surtout à cause des violations flagrantes de la Constitution qui ont commencé à prendre des allures inquiétantes à partir du 30 Novembre 1992, jour où des personnes armées camouflées venaient d’ouvrir le feu sur une foule en marche pacifique. Sans vouloir rouvrir des plaies, nous avons essayé de faire un rappel historique pour faire comprendre qu’il est de notre devoir de bien lire et de respecter scrupuleusement la Constitution afin que notre société congolaise, fière de vivre désormais dans un état de droit, ne soit plus victime de l’arbitraire.

6. La gestion des différences ethniques

Enfants d’un même Père, nous devons comprendre une fois pour toutes que nos différences de races, de tribus, de régions et de partis ne sont pas des handicaps, mais des richesses : c’est d’ailleurs pour cela que dès l’origine nos villes congolaises ont toujours été multiraciales et multiethniques. Tout congolais, quelle que soit sa région d’origine ou sa langue maternelle, doit se sentir chez lui partout au Congo.

7. Apprendre à aimer comme Jésus-Christ

Nous vous rappelons que tout homme, quelle que soit sa race et son ethnie, est créé à l’image de Dieu (Gn 1, 26). C’est ce qui fonde sa dignité d’homme et aucun homme n’a le droit de la lui contester. D’autre part, le grand commandement que le Christ est venu nous révéler et pour lequel il a donné sa vie est celui de l’amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous aimé » (Jn 13, 34). « Si quelqu’un dit : j’aime Dieu et qu’il déteste son frère, c’est un menteur ; celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas » (lJn 4, 20). L’Évangile nous rappelle aussi que nous serons tous jugés sur la qualité de notre accueil « Quand j’étais étranger, tu m’as accueilli » (Mt 25, 35). « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Nous profitons de l’occasion pour inviter les Paroisses à mieux organiser les services d’accueil des personnes sinistrées selon leurs modestes ressources. « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35)

8. Reconstruire

Devant tant de gâchis, nous sommes humainement tentés de baisser les bras. Mais la foi au Dieu de l’impossible nous invite à rassembler nos énergies dans un élan de solidarité fraternelle afin de reconstruire à tout point de vue notre pays abîmé par la violence aveugle et recoudre patiemment le tissu social déchiré par la haine et le meurtre. Nous devons croire que Dieu est capable de ressusciter, grâce à nos cœurs et à nos mains, notre peuple en soif de démocratie et de justice.

9. Jeûner et prier

Nous avons été habités par le malin aux multiples facettes qui profère du mensonge et sème la violence et la zizanie dans les cœurs, qui torture et qui tue. Il faut absolument l’expulser. Comment ? Jésus-Christ lui-même nous en donne les moyens. Le meilleur moyen de le combattre c’est de jeûner et de prier. Car dit-il « cette espèce là ne peut sortir que par la prière et le jeûne » (Mc 9, 29).

Jeûner nous permet d’être plus forts contre la tentation et l’esprit du mal. Le Christ nous l’a prouvé par les quarante jours de jeûne passés au désert (Lc 4, 1-13). Prier, c’est invoquer constamment le Seigneur de la paix, afin qu’il nous libère de la tyrannie de la haine et nous aide à maîtriser nos passions sataniques pour revivre un climat d’amour et de fraternité.

Jeûner et prier, c’est l’effort que je demande à toute la Communauté Catholique de Brazzaville : aux Prêtres, aux Religieux, Religieuses et aux Fidèles Laïcs, tout au long de ce temps fort de Carême, le temps favorable et de conversion.

Nous prierons en toute confiance et ferons pénitence, pour que le Congo retrouve un climat de paix véritable.

Et nous croyons de toute notre foi que l’amour du prochain l’emportera sur la haine fratricide, et la vie sur la mort.

La paix soit avec vous

 

Monseigneur Barthélémy Batantu, Archevêque de Brazzaville,
Carême 1994
Brazzaville, le 21 Février 1994

 


 

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