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« VOICI LE TEMPS FAVORABLE VOICI LE TEMPS DU SALUT » (Carême 1992)

Publier le 30 mars 1992

Chers frères et sœurs,

Chaque année, à l’occasion du temps de Carême, l’Évêque adresse habituellement une lettre pastorale, une Exhortation ou un mandement aux fidèles de son Diocèse. De nombreuses activités pastorales et liturgiques ne nous ont pas permis de réaliser à temps cette lettre.

Par ailleurs, des lettres ou messages des Évêques du Congo publiés particulièrement dans la Semaine Africaine ont dû permettre aux Prêtres de Paroisse d’en nourrir leurs prédications ou leurs sessions pastorales de Carême.

Avec le temps qui nous reste d’ici Pâques, il est encore opportun de vous adresser l’Exhortation suivante :

1. VOICI LE TEMPS FAVORABLE, VOICI LE TEMPS DU SALUT

Ce temps de Carême 1992, c’est le temps favorable, c’est le temps du salut (2Co 6, 2) que le Seigneur nous accorde pour nous inviter à une conversion profonde de cœur dans les domaines suivants : la recherche de la vérité, la charité fraternelle, la spiritualité de la croix, l’engagement politique et la psychose du Sida.

1. En ce qui concerne la recherche de la vérité, il n’est pas superflu de relire de temps à autre notre catéchisme en vue de mieux assimiler et de mieux connaître les vérités chrétiennes fondamentales qui constituent la base de notre foi. On voit en effet surgir çà et là des sectes qui, sous prétexte d’assurer des campagnes d’évangélisation, se plaisent plutôt à faire des campagnes de dénigrement contre notre Église. Ces sectes osent même brûler certains objets de piété comme les chapelets, les images et les médailles. Pourquoi donc vouloir cautionner ces gestes impies comme si l’on ne croyait pas soi-même à l’efficacité de sa propre prière ?

Pourquoi nous sentir complexés comme si notre foi chrétienne ne valait rien ? Avons-nous oublié que toute vie chrétienne authentique demeure un combat de tous les jours ? Pour éviter de nous laisser emporter par n’importe quel vent de doctrine, il nous est dès lors demandé d’invoquer l’Esprit de discernement et de prendre le temps de nous laisser former et informer en matière religieuse.

2. Durant ce temps de Carême, un effort constant de conversion nous est également exigé dans le domaine de la charité fraternelle. Des habitudes invétérées comme celles de la jalousie, de l’envie et de la haine sont à rejeter à tout prix. Nous avons beaucoup du mal à souhaiter le bonheur des autres. Nous sommes plutôt enclins à leur souhaiter l’échec afin que nous ayons l’occasion de nous moquer d’eux. Aimer, n’est-ce pas essentiellement vouloir le bien des autres ? Que l’Esprit-Saint, Esprit d’amour convertisse nos cœurs de pierre afin que nous apprenions à aimer Dieu de tout notre cœur et à aimer le prochain comme nous-mêmes. “Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et il n’y a en lui aucune occasion de chute” (1 Jn 2, 9-10).

3. Le temps fort du Carême nous invite à vivre de manière particulière la spiritualité de la croix, non pas seulement en priant le chemin de la croix chaque vendredi de Carême, mais surtout en sachant porter notre croix comme le Christ nous l’a demandé “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive” (Mt 16, 24).

La croix dont il s’agit ici, c’est la croix du travail bien fait, la croix des obligations et des exigences chrétiennes, la croix du devoir d’État, la croix du service gratuit, de la croix de la souffrance supportée par amour, la croix des sacrifices consentis pour le bien des autres et pour la gloire de Dieu. C’est dans cette spiritualité de la croix que nous sommes appelés à vivre la fidélité à nos engagements chrétiens, familiaux et civils, car une Église solide et une société bien organisée ne peuvent se construire sur des caprices.

4. Le quatrième point sur lequel je tiens à insister dans cette Exhortation de Carême, c’est la prière soutenue et assidue afin que le Seigneur qui nous a offert le beau cadeau de la Démocratie pluraliste nous aide à bien gérer ce nouveau paysage politique qui s’installe dans notre beau pays le Congo. Une exigence de probité et de justice est demandée dans tout engagement politique pour éviter tout esprit d’aventurisme et d’égoïsme. L’intérêt général du pays doit toujours l’emporter sur l’intérêt personnel. Habité par le souci profond d’honnêteté, le chrétien doit éviter de se laisser acheter pour plaire à tel ou tel Parti ou individu.

5. Je conclus enfin mon Message de Carême en rappelant aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté que le fléau du Sida continue à moissonner des victimes au sein de notre société. L’effort de fidélité conjugale et de chasteté demeurent jusqu’à preuve du contraire les meilleures armes que l’Église Catholique prône si nous ne voulons pas aboutir à la longue à une catastrophe sans précédent. Le fléau du Sida entraîne également un climat de peur et de suspicion qui multiplie les accusations arbitraires de sorcellerie dans les familles. Apprenons une fois pour toutes à lutter contre les fléaux qui nous menacent, mais pas contre les soi-disant boucs-émissaires contre qui nous voulons toujours vomir notre haine.

6. Nous venons de célébrer avec éclat le 15e Anniversaire de la mort du Cardinal Émile BIAYENDA qui nous a laissé ce Message :

A tous nos frères Croyants, du Nord, du Centre et du Sud, nous demandons beaucoup de calme, de fraternité et de confiance en Dieu, Père de toutes races et de toutes tribus, afin qu’aucun geste déraisonnable ne puisse compromettre un climat de paix que nous souhaitons tous.

C’est ce climat de paix que je souhaite moi aussi, comme tous les Évêques du Congo, pour cette période de Transition qui est sur le point de se conclure et pour l’après-transition.

Que tous les chrétiens mus par une conversion profonde de mentalité contribuent à l’édification d’une Église solide fondée sur la foi et la vérité et la construction d’une société nouvelle bâtie sur la justice, la paix, l’unité et l’amour.

 

Monseigneur Barthélémy Batantu, Archevêque de Brazzaville,
Carême 1992
Brazzaville, le 30 Mars 1992.

 


 

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