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VOUS AVEZ QUARANTE JOURS POUR VOUS CONVERTIR (Jon 3, 4) (Carême 1993)

Publier le 5 mars 1993

Chers fidèles chrétiens,

« Vous avez quarante jours pour vous convertir »” (Jon 3,4). Cette parole prophétique de Jonas, lancée comme un défi à travers les rues de Ninive, ébranla le cœur de tous les habitants de la ville, du plus grand au plus petit, qui purent ainsi se convertir e trouver leur salut.

« Vous avez quarante jours pour vous convertir ». C’est à nous chrétiens congolais que cette parole s’adresse aujourd’hui. Oui, nous avons quarante jours que l’Église nous offre chaque année pour changer nos comportements et cueillir les fruits de notre conversion.

Quarante jours de désert avec le Seigneur, quarante jours de prière et de pénitence, quarante jours de partage avec les autres. C’est le Carême chrétien, le temps favorable de renouveau spirituel et de sanctification. Notre foi en sort plus solide, notre espérance en Jésus-Christ plus rassurante, notre charité débordante et rayonnante.

Nous avons quarante jours pour nous convertir. Mais cette conversion exige que nous portions d’abord notre regard sur nous-mêmes, ensuite autour de nous pour voir ce qu’il faut changer.

1. Notre foi est-elle vraiment bâtie sur le roc ?

La foi chrétienne doit être bâtie sur le roc qu’est Jésus-Christ. Mais que constatons-nous surtout ces derniers temps ? De nombreux chrétiens de notre Église, l’Église Catholique, vont facilement dans les sectes ou autres mouvements religieux qui sont en contradiction flagrante avec la foi catholique dans laquelle ils ont été baptisés et éduqués.

Au plan familial et coutumier, l’agir du chrétien ne diffère apparemment pas beaucoup de celui du païen. Au nom de la coutume on fait comme tout le monde : on pratique des mariages à l’essai ou l’on cohabite sans mariage religieux ; on pratique la polygamie ouverte et clandestine, on divorce, on se remarie sans façon ; on opprime la veuve et l’on chasse les orphelins avec leur maman de la maison paternelle.

En cas de maladie grave ou de mort, on suspecte tout le monde : on accuse carrément de sorcellerie, un oncle, une tante, un grand père. Et ce qui est nouveau dans la coutume : le père et la mère sont accusés de sorciers ou de mangeurs de leurs propres enfants : alors ils sont menacés d’être brûlés vifs au pneu enflammé d’essence. Beaucoup de chrétiens croient, encouragent ces pratiques et s’y complaisent.

Sur le plan social et politique, c’est pareil. Que de calomnies et de pires mensonges fomentés sur le dos des autres qui ne sont pas du même parti, de la même ethnie ou de la même région qu’eux, uniquement pour détruire leur réputation et les casser ! On cultive la passion de l’intégrisme partisan ; on attise des haines et des divisions tribales. Certains vont jusqu’à refuser de saluer leurs voisins qui ne sont pas de la même tendance politique qu’eux. Et ceux qui agissent ainsi sont pour la plupart des chrétiens.

Devant ce constat négatif et décevant, une interrogation s’élève dans la conscience du Pasteur : Pourquoi toutes ces désertions, ces défections de la part de nos chrétiens ? Est-ce parce qu’ils seraient insuffisamment instruits ou mal préparés aux exigences de leur foi ?

La parabole du Semeur pourrait sans doute nous donner, sur cette interrogation, une réponse plus éclairante (Mt 13, 2-9) Que chacun de nous s’interroge alors en soi-même pour voir s’il n’est pas :

a) le chemin où la semence de l’Évangile est livrée aux piétinements des passants et au pillage des oiseaux (cfr. Mt 13, 19) ;

b) ou s’il n’est pas ce terrain pierreux où rien ne pousse et prospère (Mt 13, 20-21) ;

c) ou encore, ce buisson d’épines où les jeunes plants qui poussent sont ensuite étouffés (Mt 13, 22).

Ainsi pourraient être comparés ces chrétiens qui devant la souffrance ou toute autre difficulté de la vie, ou même devant un environnement séduisant ou malsain, ils renoncent rapidement à leur foi chrétienne et deviennent des nomades en quête du merveilleux et des guérisons instantanées, se font les disciples des marchands du bonheur immédiat. Ils entrent donc dans des sectes qui naissent par-ci par-là, et qui leur promettent immunité, guérison, richesse, protection contre les sorciers, visions, révélations prophétiques, miracles, tout bonheur qu’on peut espérer...

Tout cela prouve que leur foi en Jésus-Christ est très superficielle. Le chrétien doit savoir que la lutte intérieure contre les tentations ou le combat contre les difficultés de la vie fait partie de notre condition humaine. Autrement nous aurions de notre existence une vision erronée qui altère toutes perspectives chrétiennes et tue notre foi en Christ.

2. Se garder d’idée fausse sur Dieu et la religion ou l’Église

On se fait une idée fausse de Dieu, telle que celle qui conduit aux propos désabusés et à des pareils murmures : Dieu m’oublie... Dieu ne m’aime pas... Dieu est injuste... Dieu n’est pas un Père, puisqu’il n’intervient pas quand je suis éprouvé, quand je souffre.

On se fait une fausse idée sur la religion ou sur l’Église, lorsqu’on la considère comme une assurance de réussite, une prime de bonheur humain, un billet gagnant à la COGELO. Et l’on se dit dans la contrariété : A quoi bon d’être honnête et se bien conduire quand les méchants, les trompeurs ont toutes les chances et les bons sont sacrifiés ?

C’est aussi une fausse idée sur la prière, je dis bien fausse idée, et non fausse prière chez tous ces chrétiens qui prient et dont la prière ne devient fervente que lorsqu’il s’agit d’une maladie à guérir, d’une perte de situation à éviter, d’une opération fructueuse à réussir, d’une souffrance à écarter, et chez tous ceux qui déclarent la prière inutile ou non exaucée quand ils n’ont pas de résultat palpable de leur prière.

Il s’agit encore d’une fausse idée sur les sacrements de l’Église quand on les prend pour des moyens merveilleux qui supprimeraient nos difficultés intérieures et matérielles, nous dispenseraient même de l’effort de la vigilance, pour éviter le péché ou le mal. Autant d’illusions dont nous devons absolument préserver notre foi chrétienne.

Comme notre foi est bâtie sur le Roc qu’est Jésus-Christ, notre prière dans toutes nos difficultés de la vie, sera aussi celle de Jésus devant la mort : « Père, que ta volonté soit faite, et non la mienne » (Lc 22, 42).

La vie humaine est en effet un grand combat, une école d’effort continuel et de grandeur. Sinon, elle n’est rien.

L’effort dans l’adversité et le support des souffrances pour le Royaume des Cieux sont l’expression d’une foi authentique en Jésus souffrant et obéissant jusqu’à la mort sur la croix.

3. Il n’y a de véritable conversion qu’en suivant Jésus jusqu’à la croix

Suivre Jésus-Christ, c’est renoncer à soi-même et porter sa croix chaque jour de notre vie (Mc 8, 34) pour être digne de lui et se faire appeler son disciple (Mt 10, 37-38 ; Lc 14, 27).

Le Christ en portant sa croix, a porté le poids de nos péchés. Le chrétien qui marche à sa suite, doit de même porter sa croix avec celle de ses frères. Il doit la porter non pas tout seul, mais avec le Christ qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28).

Dans toutes les difficultés de la vie, l’attitude du chrétien doit être en effet celle que nous dicte le Sage dans ce passage : « Mon fils, si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l’épreuve ; fais-toi un cœur droit, et tiens bon ; ne te tourmente pas à l’heure de l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne l’abandonne pas afin d’être comblé dans tes derniers jours » (Si 2, 1-3).

Car la fidélité au moment de nos épreuves intérieures ou extérieures vérifie la qualité de notre foi. Et Jésus ne nous cache pas les grandes tribulations qui s’abattront sur ses disciples le moment venu : « On vous livrera aux tourments et on vous tuera ; vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Alors beaucoup succomberont ; ce seront de trahisons et des haines intestines. De faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens... Mais celui qui aura tenu jusqu’au bout, celui-là sera sauvé » (Mt 24, 9-11.13).

Tiendra jusqu’au bout, l’homme de la foi tenace, solide comme un Roc, une foi capable de renverser les montagnes que sont les diverses tribulations et tentations de la vie, quelques rudes soient-elles, quelques grandes soient-elles. Tiendra jusqu’à la fin, le chrétien complètement accroché au Christ par le don de la foi, et qui devient capable de dire avec l’Apôtre Paul : « Rien ne pourra nous séparer .de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rm 8, 39).

Cette foi inébranlable qui convertit, qui transforme nos comportements en agir chrétien, est la même que celle que nous avons reçue au baptême. Si elle s’est émoussée de quelque façon ou si nous l’avons perdue, redemandons-la à Dieu avec insistance, puisqu’elle est nécessaire à notre salut : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. Celui qui ne croira pas sera condamné » (Mt 16, 16).

Nous avons quarante jours pour nous convertir ! Quarante jours est une grande marge. Il n’en faut pas tant de temps pour se convertir. A Paul de Tarse un quart d’heures, une demi-heure peut-être a suffi pour le transformer complètement sur le chemin de Damas. Mais l’Église nous offre quarante jours, c’est pour que tout le monde puisse profiter de ce temps favorable. Ce temps de grâce et de salut, afin de cueillir les fruits de notre conversion purification de l’âme, sanctification de tout notre être chrétien, charité débordante et rayonnante, une espérance ferme et rassurante du salut en Jésus-Christ.

4. L’homme de foi doit produire ses œuvres et transformer son milieu de vie

La foi est une vertu dynamique en soi. Elle porte normalement à l’action celui qui la reçoit. Sinon, elle est vaine. D’où la belle interrogation du poète : « La foi qui n’agit pas est-ce une foi sincère ? » (Racine dans Athalie Act.1, sc 1, 70).

Et Saint Jacques ne mâche pas ses mots pour nous le dire : « A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise : j’ai la foi, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle la sauver ? La foi sans les œuvres est bel et bien morte. Montre moi ta foi sans les œuvres, et moi, c’est par les œuvres que je te montrerai ma foi » (Jc2, 17.18).

Les œuvres de la foi peuvent se résumer dans la pratique du double commandement d’amour : « Aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme soi-même » (Mt 22, 37-39).

L’homme de foi doit donc accomplir les œuvres de charité pour Dieu et le prochain. Tout au long de l’Évangile, le Christ nous montre comment il faut faire.

Il nous demande par exemple de l’aimer plus que tout ce que nous avons au monde : nos parents, nos enfants, tous nos biens matériels et spirituels ; de porter sa croix et de se mettre à sa suite ; de sacrifier même sa vie pour lui prouver notre fidélité (Cfr. Mt 10, 37-39).

Il nous demande par ailleurs d’aimer même nos ennemis, de prier pour nos persécuteurs, d’être en bonne entente avec tout le monde, de secourir les pauvres, les malades, les veuves et les orphelins. Ainsi nous serons parfaits (Cfr. Mt 5, 44-48).

Courage ! « Vous avez quarante jours pour vous convertir » (Jon 3, 4).

 

Monseigneur Barthélémy Batantu, Archevêque de Brazzaville,
Carême 1993
Brazzaville, le 05 Mars 1993

 


 

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