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Mgr Anatole Milandou a lancé officiellement l’Académie catholique pour l’éthique

Publier le 17 mars 2015

L’Archevêque de Brazzaville, Mgr Anatole Milandou, a présidé, samedi 7 mars 2015, la cérémonie d’ouverture officielle de l’Accabe (Académie catholique de Brazzaville pour l’éthique), qui s’est déroulée en deux phases : la messe qu’il a présidée en la cathédrale Sacré-Cœur, puis la conférence inaugurale qui a eu lieu à l’école Sacré-Cœur des Religieuses congolaises du rosaire. La cérémonie d’ouverture officielle de l’Accabe a réuni un parterre d’invités : prêtres, diplomates, responsables politiques, universitaires, acteurs de la société civile, laïcs engagés, cadres intellectuels, etc. Le tout s’est achevé, dans la fraternité, autour d’un pot.

L’Archevêque de Brazzaville, Mgr Anatole Milandou

A la messe comme à la conférence inaugurale, Mgr Anatole Milandou a expliqué que l’Accabe est « un espace de réflexion que nous offrons à nos compétences, à nos hommes politiques, à tous nos cadres. Parce qu’autour de nous, dans les autres pays, il y a beaucoup de structures qui sont en train de naître pour former les chrétiens, pour former l’homme. Donc, c’est un devoir d’Évêque, pour créer ces structures dans notre pays ». L’archevêque de Brazzaville a précisé que la création de l’Accabe, le 4 septembre 2014, s’est faite avec l’approbation de la C.e.c (Conférence épiscopale du Congo) qu’il a vivement remerciée pour sa sollicitude. Au terme de son mot, Mgr Milandou a déclaré l’ouverture officielle de l’Accabe, structure qui est dirigée par l’abbé Jonas Koudissa, docteur en sciences politiques et en théologie éthique, administrateur de la paroisse Saint François d’Assise.

Dans sa communication, ce dernier a présenté l’institution qu’il dirige qui s’est largement inspirée du modèle allemand, pays où il a fait ses études doctorales. L’Accabe se donne comme mission, «  la diffusion du sens, des valeurs et du savoir-faire (Foi, éthique, compétence) ». C’est une institution ecclésiale reconnue par l’État, « agissant en toute autonomie et liberté, coopérant avec toute institution ecclésiale et/ou de la société civile, du monde de l’éducation, de la politique, de l’économie et de la culture ».

« Si les réalités demeurent incomparables (avec l’Allemagne), l’enjeu, lui, est le même, à savoir, la perte des valeurs éthiques et humaines », a dit l’abbé Jonas qui a rappelé le discours d’investiture du président de la République, en 2009, dans lequel il avait fustigé les antivaleurs. « Il invitait alors ses compatriotes, en premier lieu les dirigeants, à adopter des comportements nouveaux et dignes, à épouser la rigueur du gain mérité, plutôt que de rechercher les délices trop faciles et honteux de la magouille, à préférer le travail bien fait et l’excellence à la médiocrité, la tricherie et toutes les autres antivaleurs ». « Quelques années plus tard, c’était au tour des évêques du Congo d’emboîter le pas au chef de l’État, à l’occasion de leur 41ème assemblée plénière, pour dénoncer la propagation des antivaleurs qui n’épargnent guère l’Église, avant de lancer une grande campagne nationale en faveur des valeurs éthiques et sociétales », a poursuivi l’abbé Jonas, citant le message des évêques publié en avril 2013.

Deux témoignages ont été faits respectivement, par le professeur Marion Michel Madzimba Ehouango, enseignant à l’Université Marien Ngouabi, sur son expérience de l’éthique en politique, et par Roger Kwama-Matiti, directeur général de la société Elios Tower Congo, ancien directeur commercial de Libertis, de MTN Congo et d’Azur Congo et Gabon, qui a parlé de l’éthique en entreprise. Le tout sous la modération du professeur David Mavouangui, philosophe, enseignant à l’Université Marien Ngouabi.

Premier intervenant, Marion Michel Madzimba Ehouango a axé son témoignage autour de deux concepts nés dans les milieux politiques, en langues lingala et en mbochi : « Tosa olia » et « Moro obosso », qui se traduiraient respectivement : « Obéis pour manger », « Avoir devant soi un protecteur », pour illustrer la dérive de l’éthique en politique et la démission des intellectuels à promouvoir l’éthique. Selon lui, « le chef attend de ceux qu’il nomme aux postes de responsabilité, l’efficacité. Et, cette efficacité est jugée par rapport à la loyauté exercée comme un sacerdoce. A ce moment-là, quelle est la marque de l’éthique que vous avez par rapport à la morale universelle, si ce n’est celle de vous contenir à la morale du groupe linguistique auquel vous appartenez » ?

Arguant qu’un système politique est fait pour durer, l’orateur pense que celui-ci, au fil du temps, génère des mécanismes d’autorégulation, entre autres : « Obéis pour manger, si tu n’obéis pas, tu es sanctionné en te mettant dans une situation de dénuement telle que c’est le regard des autres qui constitue ta punition ». Ainsi, « comme notre société est communautaire et solidaire, on attend du cadre non pas l’exemplarité, mais, l’efficacité ; si vous êtes dans le cercle du pouvoir, vous êtes le « Moro obosso ». Étant bien placé, votre famille réussit facilement ».

A une question posée sur Machiavel, il a fait savoir que les politiques font une certaine confusion en ce qui concerne la doctrine de Machiavel. Contrairement à une certaine opinion qui diabolise ce philosophe italien, Marion Madzimba a estimé que « Machiavel n’était pas machiavélique ».

Roger Kwama, expert qui a roulé sa bosse dans plusieurs entreprises, est intervenu sur les enjeux des ressources humaines, problématique de l’entreprise congolaise aujourd’hui, « dans toutes les fonctions qui se posent, qu’on appelle fonctions de gestion ». « En termes de fonction de gestion éthique, il faut toujours mettre en évidence les besoins d’éthique, il faut élaborer les systèmes pour répondre à ces besoins et il faut les mettre en œuvre, pour les tester, après quoi, on les évalue, pour repartir au départ, en cas de nouveaux besoins », a-t-il dit. Il a parlé de son expérience de jeunesse, où on n’avait pas besoin de savoir les origines ethniques de ceux avec qui on vivait. Pour échapper aux pesanteurs tribalistes, il a recommandé la compétence, le travail.

Intervenant en dernier lieu, notamment sur la motivation en éthique, en démontrant pourquoi l’homme ne fait-il pas ce qu’il estime être bon, l’abbé Jonas Koudissa a fait savoir : « l’agir juste n’est pas une simple question de devoir moral, des normes bien fondées rationnellement, elle est également une question de pouvoir moral. Le devoir agir conditionne donc le pouvoir agir ». Autrement, l’homme agit beaucoup plus en fonction de ses intérêts.

Signalons qu’il y a eu beaucoup d’interventions dans la salle, des questions comme des contributions qui prouvent que l’Accabe est un espace qui arrive à point nommé, pour faire avancer la réflexion sur les questions éthiques, dans tous les domaines (politique, culturel, social, économique, etc.).

Marcellin MOUZITA MOUKOUAMOU


 

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