dimanche 22 juillet 2018

Lectures du jour

Saint du jour


 

Reine de la Paix et
de la Réconciliation



            

            

Homélie à l’occasion de la Vigile Pascale 2018

Publier le 4 avril 2018

La prédication du Royaume des Cieux par Jésus avait galvanisé un petit groupe d’hommes et de femmes. Ils avaient cru en sa prédication. Ils l’avaient suivi depuis la Galilée jusqu’à ce vendredi « noir » où il avait été ignominieusement exécuté sur une croix.

Ce jour-là, tout semblait perdu. Le rêve de ces hommes et femmes s’était évanoui, leur espoir anéanti pour toujours. Ils allaient le cœur meurtri, rempli d’angoisse et d’amertume. La crainte des Juifs avait tout de même permis aux Apôtres de rester regroupés, en s’enfermant dans une maison.

La tragédie qui venait de produire ce vendredi-là enveloppait encore Jérusalem d’un immense climat de tristesse et d’un lourd silence de mort.

Les Évangélistes nous mettent en présence de quelques femmes qui ont suivi et aimé Jésus. Elles lui sont restées fidèles. Ce Dimanche, alors que la nuit touchait à sa fin et que l’aurore allait bientôt poindre, ces femmes s’étaient mises en route pour aller remplir un devoir, celui d’embaumer le corps de leur Seigneur. Elles n’avaient pas le cœur en paix pour n’avoir pas assuré le vendredi une sépulture digne. Elles allaient au tombeau, et voilà qu’elles ne trouvent qu’une pierre roulée et un tombeau vide. Spectacle funeste et désolant. Elles ne trouvent pas le corps du Seigneur Jésus. « Alors qu’elles étaient désemparées, voici que deux hommes se tinrent devant elles en habit éblouissant. Et elles s’entendirent dire : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ». C’est l’annonce évangélique, l’annonce la plus étonnante que le monde ait jamais entendue, l’annonce qu’un homme avec lequel on a vécu pendant trente ans, qui est mort, est maintenant vivant.

Et c’est la grande surprise. Le tombeau est vide. : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. » Voilà la nouvelle que l’Ange de la Pâque annonce à ces femmes. Ces femmes qui deviennent les apôtres des apôtres. Venues comme embaumeuses d’un cadavre, ces trois femmes repartent comme annonciatrices de la plus formidable des nouvelles : le Crucifié est ressuscité ! Magnifique récompense du Maître pour ces femmes qui lui restèrent fidèles jusqu’au bout, jusqu’au pied de la croix, tandis que les apôtres se cachaient, enfermés quelque part peut-être.

La Résurrection de Jésus est un évènement tellement extraordinaire que tous les quatre évangélistes en ont fait le centre de leurs écrits. Comme à l’Annonciation à Marie (Lc 1,26-38) tout comma à la naissance de Jésus annoncée aux bergers (Lc 2,1-14), c’est encore des Anges qui annoncent sa résurrection aux saintes femmes en premier (Lc 24,1-8 ; Mc 16,1-8 ; Mt 28,5-8.) Pour confirmer ses disciples dans la foi en sa résurrection et dans un but pédagogique, Jésus va multiplier ses apparitions.

L’événement était trop fort. On chuchotait ici et là : « Jésus est ressuscité ». Il ne manquait pas d’incrédules même parmi les disciples. Il fallait qu’il leur apparaisse en personne pour les y convaincre. À Marie Madeleine qui cherchait plutôt son cadavre : « On a enlevé le corps de mon Seigneur et je ne sais pas où l’a mis…Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis et je l’enlèverai » (Jn 20,13+15). Jésus l’appelle alors par son nom : « Marie !{} » Se retournant, elle le reconnut et l’adora (Jn 20,16-17). Aux Onze Apôtres qui doutaient encore de l’annonce des femmes qu’il était ressuscité (Lc 24,9-11) : « Tandis qu’ils disaient cela, lui se tint au milieu d’eux et leur dit : « Paix à vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit mais il leur dit : « pourquoi ce trouble et pourquoi des doutes montent-ils de votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi. Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai… » (Lc 24,36-39). Alors, ils finirent par croire.

Quant aux deux disciples d’Emmaüs, nous connaissons leur désespoir. Ils ont tourné le dos à Jérusalem où vient de se dérouler cette tragédie macabre pour essayer d’oublier, pour changer d’air : « nous espérions nous, que c’est lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour que ces choses sont arrivées… (Lc 24,21) ». Arrivé au village, à leur invitation, il entra chez eux. Ils se mirent à table. Alors Jésus « prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et le reconnurent. Mais il avait disparu de devant eux. (Cf Lc 24,28-31) ».

À Thomas quand il n’était pas là quand Jésus avait apparu aux autres apôtres qui lui dirent : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai…3(Jn 20,25). Huit jours après, Jésus revient au milieu d’eux, les portes étant fermées et leur dit : « la paix soit avec vous ! » Thomas était avec eux. Il l’appelle et dit : « Porte ton doigt ici, voici mes mains, avance ta main et met la dans mon côté et ne sois plus incrédule, mais croyant. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus lui dit : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (cf Jn 20, 26-29)

Vous voyez, comment même les Apôtres à qui il l’avait annoncé plus d’une fois, n’ont pas cru avant qu’ils ne l’aient vu de leurs yeux et touché de leurs mains. Jésus restera encore quarante jours sur terre avec des contacts réguliers avec ses disciples pour mieux les rassurer de sa résurrection effective, afin qu’ils soient les témoins convaincus au cours de leur prédication évangélique de par le monde.

Notre foi aujourd’hui repose sur celle des femmes, premières messagères de la Résurrection, des Apôtres, des disciples. Le chemin de Marie Madeleine, de Pierre et de Jean au tombeau vide est notre chemin aujourd’hui. Nous suivons ces témoins du Christ, nous nous appuyons sur le témoignage de ceux qui ont vu et ont cru, après avoir douté. Oui vraiment il est ressuscité. C’est la proclamation de notre foi en ce temps pascal. Il ne suffit pas de crier « Alléluia ! Le Christ est ressuscité, il est vivant ! ». La résurrection doit faire de nous des êtres ressuscités, des êtres transformés.

Et c’est vers St Paul que nous nous tournons. Saul de Tarse a été touché par la grâce de la résurrection. Même s’il n’a pas connu Jésus de son vivant comme les autres apôtres, il est néanmoins un grand témoin de Jésus ressuscité. Il l’a rencontré sur le chemin de Damas, alors qu’il allait enchaîner les chrétiens pour les persécuter. Et depuis lors, il est devenu le grand prédicateur de Jésus mort et ressuscité. Il a fait l’expérience d’être transformé par la grâce de Dieu. Devenu un être nouveau sur le chemin de Damas, il nous exhorte à nous « dépouiller du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau » (cf Eph 4, 22-23). Plus loin, il nous dit aussi : « Frères, purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des pains azymes. Car le Christ, notre Pâque a été immolé. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain de malice et de perversité, mais avec des azymes de pureté et de vérité… » (1 Co 5,7-8). Toutes ces épîtres portent la griffe du Ressuscité.

Dans beaucoup de paroisses, la Vigile pascale est le jour indiqué où les catéchumènes adultes reçoivent le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Dès la plus haute antiquité, l’Église a pensé que le meilleur moyen de réaliser le mystère pascal était de baptiser les catéchumènes ou de demander aux chrétiens de revivre leur baptême. Être baptisés en effet, c’est mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui, c’est accepter de disparaître pour que le Christ vive en nous. L’eau du baptême, c’est la Mer Rouge qui engloutit les forces du mal et libère le peuple de Dieu, c’est le tombeau du Calvaire où est déposé l’homme corruptible et d’où ressort vivant l’homme nouveau. Pour nous Pâques, c’est le passage du Seigneur qui vient susciter un renouvellement intérieur.
Pâques c’est tout simplement accepter ce fait, Jésus est passé de la mort à la vie, pour demeurer parmi nous et jusqu’à la fin des temps.

Il est passé.

Dans l’histoire de l’humanité, il y a eu d’autres passages qui ont précédé et annoncé celui du Christ. Nous en avons entendu le récit au cours de la veillée pascale.
Le passage du néant, du non-être à la vie, le grand récit de la création où Dieu fait passer à la lumière à la vie toute cette création.

Le passage de la servitude, de l’esclavage, de la désespérance à la liberté, à l’espérance : le grand récit du passage de la mer Rouge. Passage d’un état de souffrance, de pleurs, de servitude, de mort à un état de liberté, de joie de vivre.

Pâques c’est cela : le passage du vendredi saint : la mort, la terre qui tremble, le voile qui se déchire, la pendaison de Judas ... à la clarté du Dimanche de la Résurrection. Il est Vivant, c’est vrai. Il est Ressuscité comme il nous l’avait annoncé.

Et alors, frères et sœurs, concrètement et simplement cela veut dire que chacun d’entre nous est invité à faire lui aussi de sa vie, un passage.

Passage de la peur à la paix, du laisser-aller ou du découragement à l’acceptation de la lutte et du combat avec la certitude de la victoire.

Passage de l’esclavage du péché, toutes ces passions que nous traînons et qui nous collent à la peau : mensonge, hypocrisie, peur, accusations oui passage du péché à la liberté d’aimer, de servir, de construire.

Tous ces passages humbles et discrets qui font la trame de nos vies et qui préparent à ce grand passage : celui de notre mort pour ressusciter à la plénitude de la vie avec Dieu.

C’est cela que nous fêtons aujourd’hui, c’est cela Pâques : accepter le passage mais avec la certitude la victoire. Car la même énergie, la même force, la même puissance qui a fait passer Jésus de la mort à la Résurrection, nous habite et nous enveloppe... si toutefois nous croyons et acceptons le combat : passer de la médiocrité de notre condition actuelle à une vie plus belle, plus remplie, à une vie de sainteté.

Amen !

Monseigneur Anatole MILANDOU,
Archevêque de Brazzaville
Vigile Pascale 2018

 


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