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MÉMOIRE : Monseigneur MBEMBA et sa vision de la vie consacrée

Publier le 26 octobre 2018

14 juin 1971-14 juin 2015 (publié dans La Semaine Africaine).

Sœur Thècle Saurelle Bahamboula

Voici 44 ans que Mgr MBEMBA quittait notre monde pour rejoindre son Seigneur et Maître, Jésus-Christ. Comme chaque année, une pensée pieuse, un hommage pour cette illustre figure de notre Eglise particulière vaut la peine. C’est une action de grâce à Dieu, qui nous l’avait donné comme évêque, mais aussi une marque de reconnaissance à son égard pour tout le travail accompli humblement pour le peuple chrétien du Congo et pour tous les Congolais. Je voudrais, au cœur de cette année de la vie consacrée qu’a voulu le pape François, faire échos de ce que fut la vision de la vie consacrée pour Mgr Mbemba, en tant que fondateur d’un institut religieux.

Un bref rappel nécessaire, Mgr Théophile MBEMBA fut le premier évêque puis archevêque de Brazzaville, de 1961 à 1971. 10 années d’un ministère apostolique bien rempli, pendant lequel il a notamment fondé la congrégation des Religieuses congolaises du Rosaire. Faut-il le dire, cette congrégation est le premier institut diocésain de l’Eglise du Congo. Il fut aussi le réformateur de la congrégation diocésaine des frères de Saint Joseph et du cœur Immaculée de Marie. Fils du terroir et Évêque au lendemain de l’indépendance du Congo, Mgr MBEMBA connaissait bien la réalité de son pays : par sa proximité avec la population lors de son exercice pastoral comme prêtre de campagne ou de la ville. Il avait perçu cette soif du peuple de Dieu d’avoir des Religieux (ses) qui soient présence de l’amour de Dieu dans la société.

Ayant hérité d’une Eglise locale en construction, avec peu d’ouvriers apostoliques diocésains, il s’est employé du mieux qu’il a pu, accompagné par le souffle de l’Esprit saint et la secours de la Vierge Marie, à offrir des Serviteurs et Servantes du Seigneur à notre Eglise qui en avait tant besoin. En outre, alors que les relations entre l’Eglise et l’Etat étaient cahoteuses, ajouté au fait que de nombreux maux minaient la société (la chasse aux sorciers ; la pratique de l’avortement ; la maltraitance des veuves ; la pauvreté, le cas des jeunes filles-mères) il su exorciser le mal à la racine en entreprenant vaillamment un dialogue en église et avec les politiques qu’il exhortait à travailler ardemment à la formation de la jeunesse et à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Mgr Mbemba n’eut pas de repos dans son ministère... Pour répondre aux différents défis qui l’interpelaient à cette époque, où notre Église et notre État étaient encore bien jeunes, il entreprit énormément de choses. Nous sommes en effet à une période cruciale de la vie de l’Église : le Concile Vatican II, qui a apporté un souffle nouveau à l’Église universelle. Dans l’esprit des constitutions conciliaires, Mgr Théophile mettra en œuvre un projet pastoral de développement d’envergure dans le diocèse.

Ce projet passe par la construction d’infrastructures, mais aussi par la formation des ressources humaines : formation du laïcat, du clergé diocésain et aussi la fondation de la congrégation des Religieuses Congolaises du Rosaire, son œuvre la plus chère, comme il l’avait dit de son vivant aux premières novices de la congrégation, en 1971 (cf. archives de la congrégation).

Mgr Mbemba, fondateur d’une famille religieuse, quelle fut sa vision de la vie consacrée ?

La vie Consacrée, bien que don de Dieu à l’Église, est aussi l’œuvre d’un fondateur ou d’une fondatrice à qui Dieu a communiqué des dons, mieux un charisme particulier. Ce charisme et à adapter aux besoins des personnes. Quels étaient ces besoins ?

Mgr Mbemba avait perçu, en tant que pasteur d’une Église en construction, le besoin d’avoir aussi ses propres agents pastoraux religieux, qui seraient disponibles pour l’enracinement de l’évangile. Pour lui, les consacrés sont d’abord des porteurs de la Bonne Nouvelle, par leur manière de vivre et par leur action pastorale. Ces sont des hommes et de femmes qui puisent leur force dans la prière. Les personnes consacrées sont dignes de confiance ; disponibles et compétentes. Elles incarnent l’esprit évangélique et sont proches des personnes défavorisées ou dans le besoin. Par leurs œuvres, les consacrés participent à l’édification du règne de Dieu dans notre monde.

Mgr Mbemba croyait en une vie consacrée inculturée : qui n’est pas une simple imitation de la réalité occidentale. Mais plutôt, une véritable rencontre dialectique dans laquelle, d’une part, l’évangile inspire la culture et d’autre part, la culture garde son mode d’expression. C’est dans cette esprit que, parlant de sa nouvelle fondation, Mbemba dira : ‘’nos sœurs vivant comme nous…, comprendront nos problèmes…’’. Nous pouvons relever, dans ces paroles, les caractéristiques d’un cœur aimant, empathique, charitable et attentif que devraient incarner les consacrés.

Un autre aspect de la vision de la vie consacrée chez Mgr Mbemba est la figure de Marie, comme mère propice, un modèle : ‘’Marie est en effet un exemple sublime de consécration parfaite, par sa pleine appartenance à Dieu et par le don total d’elle-même’’ (vitae consecrata n° 28). Selon lui, Marie est pour les consacrés une référence en matière de disponibilité et de donation à Dieu ; la voie privilégiée de fidélité à Dieu ; elle qui a su collaborer au dessein de Dieu. La vie de Marie peut être pour chaque personne consacrée, une source d’inspiration tant dans des moments de joie que dans des moments de peines. Marie peut-être aussi pour tout consacré, au quotidien, un modèle de simplicité, de sobriété, de discrétion, d’espérance…etc.

La vision de la vie consacrée chez Mgr Mbemba est à la fois, en lien avec son expérience de Dieu, ses représentations, la tradition de l’Eglise et aussi la réalité socio-culturelle de son époque. C’est pour dire que chaque fondateur reçoit un don particulier et a sa vision propre. Aussi cette vision peut éclairer chaque personne consacrée, voire chaque croyant, car nous partageons, de fait, les mêmes valeurs évangéliques. Cette année est pour les consacrés, comme l’a mentionné le Pape François, une occasion de : se réapproprier les racines ; reprendre l’inspiration première de la congrégation ; s’interroger sur la mission de la vie consacrée. C’est aussi un temps offert à tous et à toutes, de rendre grâce pour le don de la vie consacrée ; de prier de manière intense pour cet état de vie ; d’encourager tous ceux que le Seigneur appelle à sa vigne, par cette vocation particulière ; d’aider ceux qui s’y sont déjà engager à vivre fidèlement leur engagement. Il importe qu’aujourd’hui nous puissions prendre en compte la valeur inestimable de la vie consacrée dans notre société et davantage encore dans l’Église.

 

Apport de Sœur Thècle Saurelle Bahamboula
Religieuse congolaise du Rosaire

 


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