mardi 22 janvier 2019

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HOMÉLIE DE LA NUIT DE NOËL 2018

Publier le 3 janvier 2019

Chers Frères et Sœurs,

Nous nous retrouvons cette nuit, dans la joie de notre Dieu pour célébrer la 2018ème Noël de l’histoire de l’Église. Pour ceux qui croient comme pour ceux qui ne croient pas, Noël prolongée par les festivités de fin d’année, avec son côté folklorique est la fête la plus populaire, la plus joyeuse de l’Année.

Tout dernièrement me trouvant en France, les gens vibraient déjà dès le mois de novembre, au rythme de Noël. Des rues pavoisées de guirlandes illuminées, les magasins bien achalandés de produits et articles aux couleurs du « Père Noël » Toutes ces décorations blingblings montrent que le commercial a investi la fête de Noël : ce que le pape François appelle les mondanités. Il y a même une publicité qui m’interpellait à l’internet : « Anatole, votre ordinateur a aussi besoin de Père Noël »

Toute cette joie de Noël n’est pas mauvaise puisque c’est Dieu qui nous la donne, accueillons-la très simplement. Et tant mieux si cette fête avec ses cadeaux, son caractère joyeux et ses lumières, rassemble autour de la crèche et de l’arbre de Noël les familles dans la chaleur du foyer !

Mais je sais qu’aujourd’hui, avec la crise que traverse notre pays, nous sommes moins tentés par le côté artificiel et superficiel de la fête. Cependant cela ne nous met pas automatiquement à l’abri d’une conception erronée de Noël. Oui, Noël est un événement si important que même après 2018 ans nous la fêtons chaque année, avec toujours un éclat singulier Le monde entier, de manières différentes, vibre chaque année au rythme de Noël.

Par sa naissance à Bethléem, Jésus s’insère dans l’histoire de l’humanité. C’est pourquoi St Luc insiste sur le contexte, sur les circonstances historiques qui ont entouré cette naissance. L’événement historique qui fixe notre mémoire, c’est le recensement ordonné par l’empereur Auguste César. L’Édit, c’est-à-dire, l’ordonnance de l’empereur provoque un mouvement de populations. Ce mouvement oblige Joseph et Marie à quitter la ville de Nazareth en Galilée pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse qui était enceinte.

Joseph va à Bethléem et c’est là que l’enfant voit le jour. Marie met au monde l’enfant Jésus. Elle l’emmaillote et le dépose dans une mangeoire. Tout cela traduit la pauvreté, la simplicité, le dénuement, les conditions précaires qui entourent cette naissance.

Partout dans le monde, on tressaille de joie et d’allégresse, pendant que le peuple chrétien chante : « Un Enfant nous est né, un Fils nous est donné. L’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on l’appelle « messager de Dieu ».

Quel est cet enfant que les voix célestes glorifient tant et dont l’humanité alertée proclame la venue ? C’est Jésus, le Fis de Dieu, fait homme pour sauver les hommes. C’est Jésus le Verbe de Dieu qui de toute éternité était auprès de Dieu, « la Parole du Père par qui tout a été créé ». C’est lui, comme l’atteste Saint Jean dans le Prologue de son Évangile, la Lumière du monde, qui éclaire tout homme qui voudrait marcher sur la voie du salut et en dehors duquel, il n’y a que ténèbres, violence, mensonge et perdition.

C’est lui, le « Verbe fait chair qui a épousé notre humanité et habité parmi les hommes pour les sauver tous. Nous avons vu sa gloire, affirme l’Apôtre Jean, en témoin oculaire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils plein de grâce et de vérité. C’est lui, Jésus, le Messie dont le monde entier célèbre cette nuit le mystère de sa naissance, comme nous ici maintenant dans cette Cathédrale.

En effet, nous sommes convaincus, nous chrétiens, que lorsque nous célébrons les mystères du Christ, nous ne commémorons pas simplement les faits du passé, mais vivons réellement ces mystères en vertu du Christ qui est toujours vivant au milieu de nous.

Le mystère de l’Incarnation est l’un des principaux mystères de notre foi catholique et de notre vie chrétienne. Selon le Pape François, celui qui n’était pas sujet de la loi décida, par amour, de perdre tout type de privilège (privus legis) et d’entrer par le lieu le moins attendu pour nous libérer nous qui, oui, étions sous la loi. Et la nouveauté est qu’il décida de le faire dans la petitesse et dans la fragilité d’un nouveau-né ; il décida de s’approcher personnellement et, dans sa chair d’embrasser notre chair, dans sa faiblesse d’embrasser notre faiblesse, dans sa petitesse de couvrir la nôtre. Dans le Christ, Dieu ne s’est pas déguisé en homme, il s’est fait homme et a partagé en tout notre condition. Loin d’être enfermé dans un état d’idée ou d’essence abstraite, il a voulu être proche de tous ceux qui se sentent perdus, mortifiés, blessés, découragés, affligés et intimidés. Proche de tous ceux qui dans leur chair portent le poids de l’éloignement et de la solitude, afin que le péché, la honte, les blessures, le découragement, l’exclusion n’aient pas le dernier mot dans la vie de ses enfants

Dieu est venu s’insérer dans le quotidien de nos vies pour apporter la lumière, le soleil au milieu des ténèbres qui enveloppent nos existences, nos vies. L’oracle d’Isaïe décrit bien nos difficultés. La nuit, les ténèbres, l’heure sombre, c’est l’image du malheur humain, de l’enfoncement dans le péché, les passions, l’angoisse profonde de l’homme, la misère spirituelle d’un monde sans Dieu. Et c’est cela que le Fils de Dieu est venu prendre sur Lui. Célébrer Noël au cœur de la nuit, c’est reconnaître que l’amour de Dieu est plus fort que nos ténèbres les plus épaisses, que l’aurore va se lever.

En 2016, dans son homélie de la messe de minuit, le pape nous indiquait comment entrer « dans le vrai Noël » : « Entrons dans le vrai Noël avec les bergers, portons à Jésus ce que nous sommes, nos exclusions, nos blessures non guéries. Ainsi, en Jésus, nous goûterons le véritable esprit de Noël : la beauté d’être aimés de Dieu. Avec Marie et Joseph, restons devant la crèche, devant Jésus qui naît comme pain pour ma vie. Contemplant son amour humble et infini, disons-lui merci : merci, parce que tu as fait tout cela pour moi. »

Il nous invitait également à nous pencher sur les enfants aujourd’hui : « Laissons-nous interpeller par l’Enfant dans la mangeoire, mais laissons-nous interpeller aussi par des enfants qui, aujourd’hui, ne sont pas couchés dans un berceau et caressés par la tendresse d’une mère et d’un père, mais qui gisent dans les sordides “mangeoires de la dignité” : dans le refuge souterrain pour échapper aux bombardements, sur les trottoirs d’une grande ville, au fond d’une embarcation surchargée de migrants. Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par ceux qui pleurent parce que personne ne rassasie leur faim, par ceux qui ne tiennent pas dans leurs mains des jouets, mais des armes. »

Aujourd’hui, notre jeunesse tient des armes pour semer la violence dans les rues de Brazzaville, au lieu de semer la joie, l’amour, la paix. Le fils de Dieu qui naît ce soir dans nos cœurs, est venu nous donner la vie et la vie en abondance. D’où vient que des jeunes deviennent si violents au point d’égorger leurs semblables ?

Permettez-moi de vous proposer cette prière des Fraternités monastiques de Jérusalem.

Dieu notre Père plein de compassion et de tendresse, cette nuit, nous accueillons ton Fils Jésus, venu sauver tous les hommes…. « Pour ceux qui sont seuls, délaissés comme abandonnés ; pour ceux qui se sentent étrangers au climat de fête qui traverse nos villes et nos villages et pour ceux qui fêteront Noël alors qu’ils vivent dans un pays en guerre, Seigneur Jésus nous te prions.

Donne Seigneur cette joie et cette paix que toi seul peux donner à ceux qui se confient en toi. Seigneur Jésus, dès ce soir, des foules nombreuses vont converger dans des églises pour célébrer ta Nativité. Pour certains, ce sera l’unique fois dans l’année. Comment faire de cette messe de Noël le lieu où, par la foi, tu viens naître dans les cœurs, toi le Prince de la paix, notre Seigneur et Sauveur ? Donne-moi aujourd’hui d’apprêter avec soin non seulement ma maison, ma table et ma tenue vestimentaire, mais aussi et surtout mon cœur pour t’accueillir. Donne-moi, Seigneur de savoir partager la paix qui vient de toi par la douceur et une bienveillante attention… » Amen !

 

Monseigneur Anatole MILANDOU
Archevêque de Brazzaville

 


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