mardi 13 novembre 2018

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Vie et Oeuvre de Monseigneur Barthélémy Batantu

Publier le 17 mai 2013

De la naissance à l’ordination sacerdotale

Barthélémy Batantu naît à Mayala (paroisse de Linzolo), le 13 juillet 1925, de Massengo Jean, son père et de N’Sansi Nzouzi Pauline, sa mère, tous deux féticheurs. Après avoir suivi des cours de catéchisme à Linzolo, auprès du Père Schaub, il reçoit le baptême, le 23 avril 1938. Et c’est en cette même année que le jeune Batantou débute sa scolarité à l’école primaire saint-Joseph de Bacongo, avant de se rendre, ensuite, à l’école de sainte Jeanne d’Arc, à la Cathédrale où il vient terminer le cycle primaire.

En 1945, il entre au Petit séminaire de Mbamou, avec 21 autres collègues, dont l’Abbé Maurice Mbindi, de vénérable mémoire. Là-bas, il aura comme directeur de séminaire, le Père Jean Morizur qui vient, à peine, de nous quitter. En octobre 1951, Barthélémy Batantu entre au Grand séminaire Libermann de Brazzaville, pour trois années de philosophie scolastique. Ce premier cycle se conclut par une année de stage à Mindouli, tout d’abord, puis à Goma-Tsétsé. En octobre 1955, il repart au Grand séminaire, pour quatre années de théologie. Et c’est le 28 juin 1959 qu’il est ordonné prêtre par Mgr Michel Bernard, en ce moment-là Archevêque de Brazzaville.

La période d’activité sacerdotale

En octobre 1959, juste après son ordination, l’Abbé Batantu est envoyé en France, pour y continuer ses études au Grand séminaire et à l’Institut catholique d’Angers. il y consolide ses connaissances théologiques et musicales. Rappelé d’urgence à Brazzaville, en octobre 1960, l’Abbé Batantu est affecté à la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo, en qualité de troisième Vicaire paroissial de Monsieur l’Abbé Théophile Mbemba, alors Curé depuis 1956 et futur Archevêque de Brazzaville. l’Abbé Barthélémy Batantu passera 18 ans dans cette paroisse : 5 ans comme Vicaire et 13 ans comme Curé. C’est au cours de cette période qu’il va déployer ses talents de pasteur, d’éducateur, de catéchète et d’artiste musicien.

En effet, tout en administrant la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo, il assurera l’aumônerie des Scholas populaires dont il a été l’intrépide fondateur et en même temps la Direction diocésaine de la catéchèse. Sous l’instigation de Mgr Théophile Mbemba et avec la collaboration de l’Abbé Maurice Mbindi, il va composer le catéchisme biblique « Nzambi ni widikila » et organiser plusieurs sessions pour la formation des catéchistes.

Quant aux activités musicales, c’est depuis le grand séminaire que l’Abbé Barthélémy Batantu, que l’on peut, à juste titre, appeler le «  griot de Dieu  » et le passionné de l’esthétique, a fondé le fameux groupe des Scholas populaires, dans le souci combien légitime de christianiser les coutumes, pour reprendre sa propre expression. Il profite de l’occasion pour composer des chants liturgiques, profanes.

Le jeune Abbé Batantu va aussi s’intéresser à l’alphabétisation. C’est dans ce cadre qu’il va lancer la revue « Butsiélé », qu’il va composer la grammaire lari « Mpangui na yaya » et qu’il va créer l’école « Mi Mbemba », devenu plus tard, « Collège Théophile Mbemba », dans l’arrondissement 2 Bacongo.

Dans le domaine de la traduction des textes en langue kikongo-lari, il a collaboré, avec le Père Marcel Diebold à la composition de « Lumeza », « Mampolo ma Nsayi », du recueil des proverbes « Wa dia fua yika dio » et des psaumes « Nsambia sinuku ». Il a également été le cerveau de l’équipe de traduction en kikongo-lari de l’Ordinaire de la messe, renouvelé selon l’esprit du Concile Vatican II.

A la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo, l’Abbé Denis Ngambanou et moi avons eu le privilège d’avoir été ses derniers Vicaires. C’est ensemble que nous avons pleuré la mort brutale de notre vénéré Cardinal Émile Biayenda, survenu le 22 mars 1977.

Les 22 ans d’épiscopat

Après la disparition du Cardinal Émile Biayenda, c’est Mgr Louis Badila, qui, en qualité de Vicaire capitulaire, assure les deux ans d’intérim, avant la nomination, par Rome, d’un nouvel Archevêque, qui intervient, finalement, par la grâce de Dieu, en novembre 1978, en la personne de Mgr Barthélémy Batantu. Ce dernier est ordonné évêque le 11 février 1979, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, à Rome, sous le pontificat de Jean-Paul II, des mains de Nosseigneurs Simon Lourdusamy, Michel Bernard, Jean Orchempt et Joachim Ndayen.

Les 22 ans d’épiscopat de Mgr Barthélémy Batantu se dérouleront sous le symbole de sa devise d’évêque : Scio enim cui credidi : « Je sais, en effet, en qui j’ai placé ma confiance » (2 Tm 1, 12).

Le nouvel Archevêque fixe, dès le départ, quatre axes prioritaires, pour son action apostolique. Il s’agit, précisément, du renouveau spirituel, de la promotion des vocations sacerdotales, du renouvellement de la pastorale d’ensemble et de la rénovation de la Curie diocésaine. Travail immense auquel Mgr Barthélémy Batantu va s’atteler avec acharnement, opiniâtreté et esprit aigu de prudence. Sous son instigation, une activité pastorale intense va se déployer dans une extraordinaire fécondité d’œuvres : Mgr l’Archevêque ordonne plus de 95 prêtres tant de l’Archidiocèse de Brazzaville que d’autres diocèses ; sous son règne, au moins une vingtaine de jeunes filles s’engagent dans la Congrégation des Religieuses Congolaises du Rosaire. Douze Religieux font profession chez les Frères de saint Joseph et du Cœur immaculé de Marie. En 1985, il fonde la Société des S’urs Oblates Apostoliques de Notre-Dame de Lourdes qui est maintenant présente avec 67 membres, à Brazzaville, à Bangui et à Kinshasa. Attaché à la formation de son Clergé, il envoie près d’une cinquantaine de prêtres aux études, à l’étranger. Il fonde aussi le GES (Groupes Évangile et Santé) en vue de lutter pour l’amélioration des conditions de soins des malades dans les hôpitaux. Il investit, d’autre part, son c’ur et son énergie à l’installation du Centre médical de Goma Tsé-Tsé et à la construction d’une maison de retraite pour les prêtres très âgés. Goma Tsé-Tsé était devenu comme la Béthanie de Mgr Batantu : malheureusement, toutes ces belles réalisations ont été détruites par la guerre, œuvre de tant de jours, en un jour effacées, comme le dirait le poète. Les nouvelles paroisses érigées durant son règne épiscopal ne se comptent pas : la toute dernière étant, bien sûr, celle de Mbé, avec l’accord du roi Makoko.

Fervent partisan du mouvement œcuménique, Mgr Batantu a donné le meilleur de lui-même et a contribué, avec ses pairs, à la promotion du christianisme au Congo, selon toutes ses sensibilités. La preuve, c’est la clôture de la Semaine œcuménique de cette année 2004, à l’esplanade de sainte Anne, il était présent, en chair et en os, au rendez-vous.

Les temps forts de l’épiscopat de Mgr Batantu

Des événements heureux et malheureux ont jalonné l’épiscopat de Mgr Batantu, et il a su les gérer avec la sagesse qu’on lui a connue. Parmi les événements heureux, nous citerons principalement :
- La réception du Pape Jean-Paul II à Brazzaville, le 5 mai 1980
- La commémoration du centenaire de l’évangélisation du Congo en 1983, avec l’ordination épiscopale de Mgr Anatole Milandou qui sera, tour à tour, son Évêque auxiliaire, Évêque de Kinkala, à partir de 1987 et Archevêque de Brazzaville, en 2001
- L’accueil du Père Tardiff
- L’érection du nouveau diocèse de Kinkala
- La tenue, à Brazzaville, de l’Assemblée générale des Évêques de l’Afrique Centrale (ACERAC, en sigle) en 1996
- L’ouverture du procès de béatification et de canonisation du Cardinal Émile Biayenda, toujours en 1996
- L’ouverture et la clôture du Jubilé de l’An 2000 à Brazzaville.

Parmi les événements malheureux :
- La tragédie de Saint Pierre-Claver
- Les trois guerres à répétition de 1993, 1997 et 1998 avec toutes leurs conséquences négatives de destructions de personnes et d’églises.

Conclusion de la pastorale épiscopale de Mgr Batantu

Atteint par la limite d’âge, le 13 juillet 2000, Mgr Barthélémy Batantu envoie une lettre au Saint-Père, où il déclare renoncer à sa charge épiscopale, lettre à laquelle Rome répond positivement, en nommant Mgr Anatole Milandou, nouvel Archevêque de Brazzaville, en date du 1er février 2001.

Le successeur de Mgr Barthélémy Batantu prend possession du siège métropolitain de l’Archidiocèse de Brazzaville, le 1er avril 2001. A partir de ce moment, Mgr Batantu, devenu Archevêque émérite de Brazzaville, se retire à la paroisse Notre-Dame de l’Assomption où il passera les dernières années de sa vie, avec des séjours ponctuels à Kinshasa, auprès de son ami Cardinal Frédéric Etsou, Archevêque de Kinshasa. Le vendredi 16 avril 2004 dernier, il est admis, des suites de plusieurs maladies, à l’hôpital central des armées Pierre Mobengo et le lundi 26 avril 2004, à 23h25, il rend l’âme, après une vie totalement consacrée au service de Dieu et de l’Église.

L’homme Batantu

Ce serait une véritable gageure que de vouloir se risquer à camper, en quelques traits, une personnalité aussi riche et aussi complexe que celle de Barthélémy Batantu. Mais, si l’on peut se permettre d’épingler quelques traits saillants de ce monument de notre Église congolaise, nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que la vie de Mgr Batantu s’est forgée au jour le jour, à force de patience, d’endurance, de fidélité et d’assiduité. Mgr Batantu a souvent été l’objet de critiques, surtout au début de son épiscopat, quant à ses méthodes de travail. Mais, il s’est distingué par sa noblesse de c’ur et sa grandeur d’âme, puisqu’il a su surmonter, avec dextérité et bon sens, ces situations conflictuelles, en réussissant à faire triompher l’intérêt supérieur.

Prêtre d’une générosité extraordinaire, il savait se priver du peu dont il disposait, pour soulager quiconque se présentait à lui, dans la misère. Il se privait tant que l’expression est devenue proverbiale : « pauvre et fauché comme l’Abbé Batantu ». Friand d’anecdotes et de mots d’esprit, il savait détendre l’atmosphère, par son rire clair et spontané, et par son tempérament enjoué. Doué d’une finesse hors pair, il avait réussi une synthèse heureuse et une symbiose remarquable entre la sagesse traditionnelle et la science théologique chrétienne catholique : bon catholique et bon congolais.

Voici quelques-unes de ses phrases restées historiques : « N’attendons pas la paix pour travailler ». En parlant des Frères de saint Joseph : « Je préfère soigner un malade que d’enterrer un cadavre ». Quand il récitait une prière en latin, il concluait en riant : « J’ai parlé en langue ». Aux Prêtres qui venaient se plaindre chez lui des calomnies injustement montées contre eux, il aimait donner ce conseil : « Ne vous tourmentez pas outre mesure. L’essentiel, c’est que vous puissiez démontrer, par votre conduite et vous soyez sûrs en votre conscience que ce n’est pas vrai ». Et à qui voulait l’entendre, il ne se fatiguait pas de répéter : « Dans la vie, il faut savoir se débrouiller ».

Patriote, Mgr Batantu l’a été, de manière admirable, lui qui aimait parler de l’unité nationale avec acharnement et de l’indépendance et de la paix avec conviction et qui comptait des amis dans tous les coins de la République.

Mgr Batantu, l’homme à l’intelligence pétillante, l’homme sage et simple, prudent. L’homme de foi et d’espérance qui plaçait sa foi en la Vierge Marie et en la Divine providence. C’est vrai qu’il existe une rue à Ngangouoni qui porte son nom ; on souhaiterait également qu’il y ait dans l’Église, des bâtiments, des structures et pourquoi pas un prix Batantu pour pérenniser sa mémoire. Hier soir, dans son homélie, le Nonce Apostolique nous posait une question : « Que ferez-vous de l’héritage spirituel et humain laissé par Mgr Batantu ? » Oui, que ferons-nous de l’héritage multiforme que nous lègue Mgr Barthélémy Batantu ? A chacun de nous de nous laisser interpeller par cette question.

 


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